
Vers le meilleur de soi
Neuf chemins pour un pèlerinage intérieur, Salvator, 2011
Les premières lignes furent écrites en 2008. Je me souviens encore qu’elles furent consacrées à la vengeance. Sans doute, mon enfance marquée par la lutte pour l’indépendance de la Tunisie (mon pays natal) avait-elle guidé ma plume. Souhaiter la mort de l’autre ou le tuer blesse autant celui qui porte en soi cette idée fixe que celui qu’elle vise.
Cet ouvrage ne se donne pas pour but de cerner toutes les fixations de l’esprit humain : le ressentiment, la vanité, la mélancolie, le doute, l’oubli de soi, etc. Son intention est surtout de proposer des voies possibles d’évolution à chaque personne concernée par ces habitudes de l’esprit.
Si l’on prend le cas de la vengeance, quel chemin Achille suivra-t-il pour abandonner ses représailles ? Car il ne se contente pas de tuer Hector pour venger la mort de son ami Patrocle. Il traînera son corps trois jours durant derrière son char et refusera à Priam l’inhumation de son fils.
Faite pour servir et aimer (pages 56-57)
Le récit de Sylviane
Seule sur la digue avec un temps de tempête, je m’exclame de bonheur en voyant des centaines de goélands s’envoler au-dessus de moi dans un tourbillon de beauté. C’est splendide, fort, vivant. Le vent, mes poumons qui respirent, ma santé et ma gratitude en cette vie puissante du moment présent. Je crie alors avec force : « Mais pourquoi n’êtes-vous pas toutes et tous là ? » Passe alors en ma mémoire une foule de visages aimés, surtout ceux qui sont seuls, malades et qui n’ont jamais vu de goélands ni goûté la liberté de marcher dans l’air vivifiant. Désolée de ne pouvoir partager ce que Dieu m’offrait de beau, j’écris alors une soixantaine de cartes postales, avec des goélands, à toutes et tous pour leur dire mon amitié, mon lien avec eux et elles. Il me manque toujours le bonheur des autres.
Infirmière en repos, je médite. En repos ? Le serai-je jamais ? À tellement vouloir la santé de l’autre, je me suis épuisée. À tant vouloir réaliser le rêve de l’autre, j’en ai oublié le mien. Mon rêve, je n’en ai qu’un seul. Aimer, aimer encore, aimer toujours.
Ce tableau-là, c’était il y a quinze ans environ. Aujourd’hui, à cinquante-cinq ans, je suis toujours infirmière, mais j’ai découvert étonnamment, joyeusement, quelqu’un d’autre vivant avec l’infirmière : moi-même.
Femme qui vit pleinement parce qu’elle est totalement vivante sans dépendre de la vie des autres, parce qu’elle respire sans attendre l’air que lui donnent les autres ni celui qu’elle veut existentiellement partager. Femme heureuse parce que le bonheur est au fond d’elle-même. Mais quel chemin avant de découvrir cet espace-là !














